Adieu bébé Tartine

Tartine le jour de sa naissance
Tartine le jour de sa naissance

Je n'ai pas pour habitude de faire état de ma vie privée mais ce matin, je ressens le besoin d'exprimer par écrit l'immense tristesse qui m'anime.

 

Imaginez une jeune Québécoise, née avec des allergies si importantes qu'elle ne peut avoir aucun animal domestique à la maison, à part une perruche, et à qui il est interdit de s'approcher du moindre animal, de compagnie ou de ferme, sous peine de se retrouver aux urgences. Voyez-la grandir, qui gère au mieux cette perpétuelle privation de compagnons à fourrure. Elle comprend que c'est pour son bien, mais n'en ressent pas moins un manque profond dans sa vie d'enfant.

 

Puis au hasard des mutations imposées par sa vie professionnelle et celle de Nicolas, son mari, une petite chatte "isabelle" viendra faire le siège de leur maison japonaise jusqu'à ce que, de guerre lasse, la jeune femme la laisse franchir le pas de la porte. Elle ne repartira pas. Il y aura bien sûr des crises d'allergies, quelques visites à l'hôpital, pléthore d'antihistaminiques, mais la volonté d'adopter pour de bon cette chatte tricolore si affectueuse est si grande, que, presque par miracle, s'opérera une désensibilisation progressive et plutôt rapide qui fera en sorte qu'à partir de ce moment, les allergies à tous les animaux disparaîtront complètement. 

 

Et cette jeune femme, c'est moi. A compter de l'âge de 30 ans, j'ai pu enfin, avoir ma petite "bobtail" japonaise dont le nom était Shamisen, non seulement à l'intérieur de la maison, mais carrément jusque sous les couvertures de mon lit. Une victoire immense contre ces horribles allergies. Page tournée, enfin!

 

Et Shamisen a fait le tour du monde avec Nicolas et moi. Elle est rentrée au Québec lorsque nous sommes retournés y vivre pendant huit ans, puis nous a suivis jusque dans le Sud-Ouest lorsque nous y avons planté notre tente. Elle a vécu encore une année et s'est éteinte de vieillesse dans nos bras alors qu'elle avait plus de 20 ans. Une vraie histoire d'amour pour moi, qui m'a laissée immensément triste, vous l'imaginerez sans mal.

 

Serez-vous alors surpris de savoir que j'ai maintenant neuf chats qui entrent et sortent de la maison selon leur bon vouloir? Je vous rassure, on ne choisit pas d'avoir neuf chats! Toutes ces petites bêtes à fourrure se sont imposées à nous d'une manière ou d'une autre, et l'on peut dire que pour toutes, elles ont ainsi été sauvées d'une mort certaine:

 

Mère écrasée par une voiture ou morte de maladie alors que le bébé n'était pas encore sevré; vétérinaire. seringue à la main, avec le mandat d'euthanasier un petit frère et sa soeur qui ont à peine deux jours, absolument adorables et en parfaite santé et qui ne demandent qu'à vivre; chatte perdue dans les rues du village médiéval où nous vivions, le fémur déboité du col, maigre à faire peur; ou encore petite métissée siamoise pas encore sevrée criant à fendre l'âme parce que coincée dans un mur et incapable d'en ressortir; et, pour terminer, trois frères et une soeur, âgés de quelques mois à peine, abandonnés par leur propriétaire lorsqu'elle quitte le hameau où nous vivons maintenant en laissant ses chats derrière, sans même un dernier regard... La plupart d'entre vous auraient fait comme nous...

 

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Lorsque nous apprenions, il y de cela bientôt 7 ans, qu'un voisin ne voulait plus de ses deux ânes, Ferdinand et Myrtille, je reconnais que j'ai vu là une chance inouïe de faire la connaissance de ces bestioles aux grandes oreilles et au chant si amusant! Nous n'avons pas hésité un seul instant! Et c'est un plaisir chaque jour renouvelé que de les voir jouer dans le pré, ou dormir, paisiblement au soleil ou venir réclamer leur pitance, ou, mieux encore, des câlins.

 

Myrtille nous a fait deux très beaux rejetons, Séraphin qui aura bientôt 6 ans, et, l'année suivante, Tartine, notre bébé, la plus petite, la plus douce, la plus câline des quatre. Notre petite Tartine qui est morte, hier, d'une pneumonie fulgurante.

 

Si vous saviez comme nous sommes tristes. 

 

Nous n'avons rien vu venir. Le vétérinaire nous dit que cela est assez classique. Les ânes sont très durs au mal et montrent peu de symptômes, souvent trop tard. Tartine toussait de temps à autre, mais pas plus que les trois autres. Ce n'est qu'hier matin qu'elle a soudainement semblé très prostrée, avec une respiration qui lui soulevait péniblement les flancs, et les narines dilatées de qui a du mal à se remplir les poumons. Le vétérinaire est venu en urgence. Tartine a eu droit à plusieurs injections d'antibiotiques et anti-inflammatoires. Elle avait beaucoup de fièvre. Je suis allée plusieurs fois prendre sa température. A 13h, elle avait baissé un tout petit peu, à 15h, à nouveau, quelques degrés en moins, mais lorsque j'y suis retournée à 17h, elle était allongée dans l'abri, déjà morte, entourée de sa famille qui avait vraiment l'air désemparé et qui pleurait - c'est ce que j'aime croire - le départ de leur bébé.

 

Il y avait longtemps que je n'avais pas tant pleuré. Elle me manque déjà tant, cette petite chérie à quatre pattes qui venait chercher les câlins en courant.  Si vous aimez les bêtes, vous savez ce que Nicolas et moi ressentons en ce moment. Et il ne sert à rien de se dire qu'il y a les douze autres bestioles car l'une ne remplace pas l'autre. A nos yeux, chacune est unique.

 

Et ce matin encore, j'ai les larmes pleins les yeux pendant que j'écris...

 

Adieu bébé Tartine

xxx

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